Avant-propos, 2001/1-2

La Société d'histoire et d'archéologie du canton de Neuchâtel a tenu son quatrième colloque à Neuchâtel le 20 novembre 1999. Toujours désireuse d'intéresser à l'histoire un public aussi large que possible, elle a choisi cette fois encore un thème très actuel, bien souvent au cúur du débat politique, économique et social: les migrations liées à la nécessité de gagner sa vie et aux conditions dominant le marché du travail. Si l'importance et l'intérêt de ce phénomène du point de vue collectif sont évidents, il convient aussi de souligner sa dimension simplement humaine et personnelle, dans un pays où, fréquemment, il a représenté et représente encore une partie décisive de l'histoire des individus et des familles.

Aujourd'hui, le souvenir des dernières grandes arrivées de travailleurs étrangers est encore très présent et l'attention des acteurs politiques et économiques, des médias et des citoyens se porte régulièrement sur l'immigration, que ce soit à travers la question des réfugiés dits "économiques", l'accord sur la libre circulation des personnes conclu avec la Communauté européenne ou encore la pénurie de main-d'úuvre sévissant dans certains secteurs économiques. Ceci dit, il n'est pas inutile de rappeler que ce n'est que vers la fin du XIXe siècle que l'immigration l'emporté sur l'émigration dans notre pays. Pendant des siècles, en effet, les habitants de la Suisse actuelle, les Neuchâtelois ne faisant pas exception, sont "partis pour travailler" en très grand nombre. Ces départs, tantôt définitifs, tantôt temporaires ou saisonniers, ont concerné les hommes comme les femmes et toutes sortes de métiers. Les destinations furent multiples, plus ou moins lointaines, les modalités très diverses.

Emigration, immigration, mobilités... des concepts aux nombreuses facettes, dont les contributions des invités de la SHAN, réunies dans le présent numéro, donnent un aperçu très varié. Anne Radeff aborde la question de la mobilité exigée par l'exercice d'une profession à travers l'analyse des voyages effectués par des négociants neuchâtelois à la fin du XVIIIe siècle. Trois contributions traitent d'émigration neuchâteloise: par une approche prosopographique, Hugues Scheurer expose les stratégies - lieux, motivations, réseaux - des horlogers, négociants et artisans, de la fin de l'Ancien Régime au début du XIXe siècle; dans un contexte très différent, celui des années 1930, il est aussi question d'horlogers avec Marc Perrenoud qui étudie l'établissement, raté, de chômeurs en URSS et les réactions des autorités, des milieux patronaux et ouvriers face à l'exode d'ouvriers qualifiés. Olivier Rychner se penche sur une autre catégorie professionnelle, celle des vignerons, dont certains émigrèrent en Australie au XIXe siècle. Avec Yves Froidevaux, il est question d'immigration, celle des Suisses d'autres cantons, en particulier alémaniques, dans le canton de Neuchâtel de la fin du XIXe siècle à la veille de la Première Guerre mondiale. Enfin, Luigi Lorenzetti nous fait sortir du cadre neuchâtelois avec une analyse des mouvements migratoires au Tessin et de leurs relations avec le marché du travail de 1850 à 1930.

Dominique QUADRONI


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