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Cette thèse de doctorat s'inscrit parfaitement
dans la série "Collections du Musée d'ethnographie". Après
avoir retracé brièvement la carrière de Meuron (désigné
par l'abréviation CDM) l'auteur observe que trois musées
de la ville dérivent du cabinet d'histoire naturelle offert par
ce personnage qui sort de l'ordinaire. Avant lui, d'autres notables de
la région avaient possédé des cabinets de curiosités
que M. Kaehr recense minutieusement et replace dans leur contexte suisse
et européen. La passion de CDM pour l'histoire naturelle passe bien
avant l'intérêt pour les spécimens ethnographiques.
Ceux-ci étaient collectés de diverses manières et
expédiés d'Afrique et d'Asie avec des marchandises, comme
le prouve la correspondance du général, dépouillée
avec profit. Que Meuron ait pu acquérir des pièces provenant
des voyages du célèbre navigateur Cook n'est pas prouvé.
Le chapitre consacré au cabinet constitué à Saint-Sulpice
fournit de précieux détails sur le côté mercantile
de la collection, sur les problèmes d'envoi et d'assurance des caisses,
de pertes ou de dégâts survenus lors des transports. De nombreuses
personnes furent sollicitées ou embauchées pour les acquisitions
d'objets, mais la famille accepta plus ou moins bien les marottes de CDM.
Celui-ci ne manqua pas de faire des cadeaux à la Société
des sciences naturelles de Berlin, au roi de Prusse son souverain, et correspondit
avec des scientifiques. Il est fasciné par l'étrange et l'insolite,
se tourne vers la diversité plutôt que vers la connaissance
encyclopédique, en amateur décidé à présenter
sa collection au public et à assurer la conservation. Ainsi, apparaît
une perspective didactique aussi liée au projet inabouti d'une chaire
d'enseignement de la chimie et de la physique à Neuchâtel.
Cela situe le cabinet " à une étape charnière de l'histoire
des musées ", et assure à Meuron une " durable gloire posthume,
pour laquelle seuls ses mérites militaro-commerciaux n'eussent sans
doute pas suffi ".
Retrouvé il y a un tiers de siècle,
le seul tome II de l'inventaire du cabinet d'histoire naturelle de CDM,
sans doute rédigé entre 1789 et 1794 est d'un emploi délicat.
M. Kaehr en tire le meilleur parti possible après nombre de recherches
et avant de retracer l'histoire des débuts de la Bibliothèque
publique de Neuchâtel. Celle-ci acquit divers livres en vue de l'arrivée
du cabinet de Meuron, donné par acte notarié du 6 juin 1795.
Par la suite, le mécène expliquera son geste par sa passion
pour l'histoire naturelle, par la crainte que les objets se désagrègent,
par le peu d'intérêt manifesté par sa famille et le
désir que le public bénéficie de sa collection. Celle-ci
fut installée avec la bibliothèque dans deux salles de l'actuel
Hôtel communal. CDM continua à enrichir sa donation, et relançait
ses subordonnés pour la collecte d'objets, malgré la mésentente
avec son frère Pierre-Frédéric devenu commandant du
régiment Meuron passé au service de la Grande-Bretagne. L'histoire
du voyage réussi d'un canot miniature en écorce de bouleau,
occupé par cinq passagers, illustre de manière exemplaire
les risques encourus par les envois. Lié à l'histoire de
la bibliothèque tenue par des ministres du culte réformé
jusqu'en 1828, le musée en fut détaché par Louis Coulon,
son conservateur de 1828 à 1894; il put installer dans le nouveau
Collège latin trois salles contiguës dès 1838.
De cet aperçu d'un ouvrage fourmillant
de renseignements contrôlés et de détails nouveaux,
essentiels à une vue d'ensemble, retenons cette appréciation
piquante de l'auteur: " Honneurs militaires et fidélité à
l'histoire naturelle sont les deux pôles susceptibles de résumer
le parcours de CDM, dont la formation première - il convient de
ne pas l'oublier - était commerciale. " Colonel, propriétaire
d'un régiment à son nom, Meuron fut un gestionnaire avisé;
ses collections, celles d'un amateur, prennent la suite du cabinet de son
père; sans innover, tous deux suivirent une mode de l'époque.
Reste à CDM le mérite d'être le fondateur d'une institution
qui fut dès lors considérablement développée.
La seconde partie du livre est un catalogue illustré,
où le titre "Curiosités artificielles" désigne les
objets manufacturés. Il commence par les objets attestés
dans l'inventaire, où se suivent pêle-mêle stores, manuscrits,
coupelle, carillon! On relève dans cette étonnante variété
les tapas décorés, pièces de textiles fabriqués
à partir du liber de diverses plantes; quelques planches en couleurs
en donnent une excellente idée. Autres curiosités; deux personnages
et des úufs d'autruche gravés. A la suite, apparaît une liste
d'objets qui devaient figurer dans le tome 1 de l'inventaire disparu, par
exemple des figurines, des tasses, des armes, une momie d'ibis, le canot
dont il a été question et des tableaux de pierres fines.
Qu'ils aient été conservés ou non, les livres qui
appartenaient à la bibliothèque de CDM font l'objet d'une
identification. La liste des sources manuscrites et une bibliographie étendue
témoignent, comme les notes abondantes, le sérieux de ce
remarquable outil de travail; il replace dans le cadre d'un petit pays
et d'une époque l'histoire d'un legs qui a porté des fruits
durables.
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