| Maurice de COULON, Un Rouergat émigré
à Neuchâtel, Paul Coulon (1731-1820), Marin, 1999, 64
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D'emblée, l'auteur prévient qu'il s'agit de la vie d'un de ses ancêtres qui, mieux que des trésors, a légué "un exemple à suivre, une recette infaillible pour bâtir une vie avec dignité". Né à Cornus dans le Rouergue, aux limites du Larzac, Paul Coulon descendait d'une famille protestante dauphinoise, originaire d'une haute vallée du Queyras. Seule une enquête serrée, passionnante à suivre, a permis de retrouver la trace de ces montagnards qui se livraient au négoce dans le Languedoc. Six semaines avant la Révocation de l'Edit de Nantes, un pasteur de Millan maria Paul Coullomb (l'orthographe du nom n'était pas encore fixée) à la fille d'un négociant de Cornus. Leurs descendants deviendront de tourmentés "nouveaux convertis" au catholicisme. Paul passa quatre ans chez un maître d'école au Vigan, participa sans doute à des assemblées au Désert, fit un apprentissage, puis fût commis chez un négociant de Millau jusqu'en 1754. Parti de là à cheval le 24 novembre, il parvint le 10 décembre à Genève. Quinze jours plus tard, Coulon entrait au service de MM. Plantamour et Cie. Encore fallut-il trouver moyen de faire cesser les poursuites de l'intendant de Guyenne contre le jeune homme, accusé d'avoir émigré sans passeport. L'auteur montre en détail comment jouèrent en l'occurrence la solidarité familiale et les implications religieuses. A Genève, Coulon cherche à perdre son accent du Rouergue et applique le principe de ne jamais emprunter d'argent: il avait économisé à l'avance le coût de son voyage. Remarqué en 1759 par Jacques-Louis Pourtalès, un Cévenol fixé à Neuchâtel, Coulon est engagé pour six ans par le fameux négociant. Suit une comparaison entre ces deux hommes complémentaires, acharnés au travail et efficaces: le patron qui prend des risques et se mêle à la société aristocratique, le commis et bientôt collaborateur de confiance, ennemi du luxe et des mondanités, de plus "calviniste parfois intransigeant", longtemps célibataire, toujours en route et trouvant le temps de résoudre les problèmes de sa nombreuse parenté. En 1762, il deviendra le treizième associé de Pourtalès. Par discrétion, et afin d'éviter des représailles à sa famille de France, Paul Coulon fait bénir, par un pasteur réformé, à Yverdon, son mariage avec Anne Viala, fille d'un réfugié cévenol. Les lettres de la jeune épouse à son mari, toujours en voyage d'affaires, se révèlent être une mine de renseignements sur leurs connaissances neuchâteloises et sur les affres dues aux longues séparations; cependant rien n'ébranle cette union "fondée sur le roc". A peine libéré des visites aux foires du continent, Paul Coulon, occupé du commerce avec les Indes, se rendit presque chaque année à Lorient. En 1786, il prévint ses associés qu'il limiterait ses absences à deux ou trois mois au plus, puis se tint fermement à cette résolution. Longue est la liste des parents que Coulon soutient, place ou tente de tirer de leurs difficultés financières; il pose toutefois des conditions à son aide "afin d'éviter négligence et indolence des intéressés". S'il se refuse à tourner les lois françaises relatives aux assignats, il vient en aide à des émigrés, suscitant l'ire de son frère Étienne, à Millau, un républicain avéré. Des instructions de Paul Coulon à son fils aîné, en 1798, permettent à l'auteur de dresser un portrait du négociant pragmatique, ordonné, prêt à s'instruire et voyant dans son travail la possibilité " de vivre dignement, en vrai chrétien, et d'exercer la charité". Après la dissolution de la sixième société Pourtalès et Cie, dont il était devenu l'actionnaire numéro trois, Paul Coulon forma sa propre société avec son neveu Carbonnier et son gendre Meuron, entre 1796 et 1807. Les entraves au commerce et les problèmes monétaires mirent fin à Coulon et Cie, tout comme l'âge avancé du négociant qui allait placer ses capitaux sur des biens-fonds. Sous le titre de "testament spirituel" de son ancêtre, M. Maurice de Coulon présente un choix suggestif d'extraits de la correspondance existante. Ce sont des avis sur les problèmes quotidiens, des maximes, des principes où paraissent sa foi religieuse, sa rectitude morale, le souci de sa famille et de son prochain et des mises' en garde. Comme compléments sont transcrits des documents d'état civil, des traités de société, le testament et le partage des biens de Paul Coulon, contenant l'inventaire général de sa fortune. Grâce à l'auteur, nous tenons là une étude vivante et documentée, de première main, sur un personnage méconnu, car son fils Paul-Louis Auguste et son petit-fils Paul-Louis l'ont rejeté dans l'ombre, en raison de leurs remarquables activités financières, politiques ou scientifiques qui ont laissé une trace profonde dans le XIXe siècle neuchâtelois. Jean COURVOISIER
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