RHN 2000, 1-2 : Bibliographie

  • 1) PIGUET Claire et FROIDEVAUX Nicole (Èds), Copier. Coller. Papiers peints du XVIIIe siècle. Actes du colloque de Neuchâtel, 8-9 mars 1996, Neuchâtel 1998, 182 pages, ill.
  • 2) GOJAN Simone, Spielstätten der Schweiz. Scènes de Suisse. Luoghi teatrali in Svizzera, Zurich, 1998, 654 pages.
  • 3) MEURON-LANDOLT M. de, JELMINI J.-P., FROIDEVAUX N., HIPPENMEYER F. et PERRIARD VOLORIO M., Préfargier : 150 ans au service de la psychiatrie, Hauterive, 1999, 145 pages. (RHN 2000, 1-2 : Jean Courvoisier).

Copier. Coller. Papiers peints du XVIIIe siècle. Actes du colloque de Neuchâtel, 8-9 mars 1996, publiés par Claire PIGUET et Nicole FROIDEVAUX, Neuchâtel, 1998, 182 pages, ill.

Copier-coller; un titre original bien fait pour frapper la curiosité du lecteur, est un ouvrage publié par le Service de la protection des monuments et des sites du canton. C'est aussi une excellente manière de remémorer une remarquable exposition présentée au Musée d'art et d'histoire de la ville. Douze auteurs se répartissent une matière variée, et illustrent leurs propos de très nombreuses reproductions.
Ainsi, Hermann Schöpfer s'attache avec minutie à des motifs de points de Hongrie, de paons ou de fleurs trouvés à Fribourg et à Aarberg. Líétude d'une maison à Fribourg et de quelques éléments d'un plafond à la rue Fleury à Neuchâtel, prouvent la sagacité de Marc-Henri Jordan. Les activités du fabricant Henri Grandchamp à Genève, au XXe siècle, fournissent à Annelise Nicole l'occasion de plaider en faveur de la sauvegarde des papiers peints. L'historique d'une maison à Fribourg précède l'étude, par Anne-Catherine Page Loup, de nombreux fragments de décor accumulés pendant un siècle et demi.
Claire Piguet a établi un bilan régional pour le Service des monuments et des sites de Neuchâtel; elle publie ses notices rédigées pour l'exposition, fournissant ainsi une synthèse des connaissances relatives au Château de Neuchâtel, puis des maisons de Trois-Rods, de la Cibourg et du Tilleul, à Saint-Blaise (où l'on a reconnu huit étapes décoratives). Ensuite, Claire Piguet s'attache aux restes du décor remarquable découvert dans vingt-cinq pièces de la maison du Désert, à Lausanne. Par une toute autre approche, Anne Rinuy étudie les conditions de restauration d'un "papier peint en arabesque sur fond noir". Les analyses ont permis d'identifier liants, vernis et couleurs de lés provenant de la maison du Désert.
Le Château de Guntersblum, au sud de Mayence, fait l'objet d'une première approche de Geert Wisse. Philippe de Fabry relève le rôle important des "colleurs" qui assurent la pose des papiers peints, et se révèlent capables d'assumer des combinaisons harmonieuses. S'attachant à la typologie des variantes à l'impression des arabesques, Bernard Jacqué analyse avec précision "le déplacement de la planche à la surface du papier"; cela permettait un certain remaniement des motifs composés et des variantes. Cet auteur s'interroge aussi sur l'existence d'une manufacture en Suisse romande, et rappelle un rapport possible avec líindiennage existant à Genève et à Neuchâtel.
Précisément, Josette Brédif aborde les similitudes de motifs repérables dans les toiles et les papiers peints; étudiant les fameuses manufactures de Jouy-en-Josas et Réveillon, de 1770 à 1799, l'auteur a relevé 87 motifs semblables. Produire est une chose, diffuser les produits en est une autre, de sorte que Christine Velut a exploité notamment les récits de voyage, des annonces et les archives notariales; elle localise les manufactures, étudie l'organisation des bâtiments, les informations publicitaires, les réputations établies et les privilèges assurant un monopole temporaire. Véronique de Bruignac enfin présente l'importante collection de papiers peints de Patrice Mauny qu'elle a classés (près de 1300 numéros d'inventaire).
Ainsi, les professionnels disposent désormais d'un excellent outil de travail et de référence. Les amateurs trouveront une mine de renseignements variés, agréablement écrits, s'appuyant sur une illustration de qualité.

 

Simone GOJAN, Spielstätten der Schweiz. Scènes de Suisse. Luoghi teatrali in Svizzera, Zurich, 1998, 654 pages.

Trilingue, le titre annonce clairement le contenu de ce livre qui porte le sous-titre: manuel historique. L'avant-propos montre l'ampleur des recherches effectuées, puisqu'elles abordent 314 lieux de spectacle dans 137 communes, et donnent les noms de 527 directeurs de troupes itinérantes. Mme Gojan ne prétend pas à l'exhaustivité, et souhaite recevoir des compléments, voire des corrections.
Cet "atlas", qui est plutôt un répertoire largement commenté, a pour dates extrêmes 1675 et 1900; autrement dit, les salles de théâtre plus récentes ne sont pas prises en compte. Les notices fournissent notamment des données sur le bâtiment, les propriétaires, les directeurs et l'état actuel des lieux. Des notes renvoient à la documentation présentée dans une bibliographie générale à la fin. Une liste des localités et des lieux de spectacle précède les notices proprement dites, en ordre alphabétique (430 pages).
Pour La Chaux-de-Fonds, Mme Gojan nía pas pu tenir compte des dernières études, par exemple de l'article de Mme Leila El-Wakil dans l'Hommage à Marcel Grandjean. Notre canton est aussi représenté par Le Locle et Neuchâtel. Cet ouvrage considérable et innovateur donne une appréciable vue d'ensemble du sujet. Un choix de reproductions, de vues anciennes, de photographies et de plans, puis des annexes complètent utilement le texte, où les salles les plus récentes ne sont pas prises en compte.

 

Préfargier : 150 ans au service de la psychiatrie, Hauterive, 1999, 145 pages.

Quatre auteurs se partagent la matière étudiée dans ce beau livre consacré à la maison de santé de Préfargier, une fondation de bienfaisance publique ouverte en 1849.
Mme Monique de MEURON-LANDOLT présente Auguste-Frédéric de Meuron le fondateur, un mécène qui consacra près d'un million de francs de sa fortune pour créer une maison de santé novatrice prête à accueillir cent, puis cent vingt malades. Neveu de Jean-Frédéric Perregaux, un des fondateurs de la Banque de France, Meuron tint un temps à Paris le grand livre d'une maison de commission, dont l'actionnaire était le Neuchâtelois Paul Coulon; il termina sa formation à Lisbonne chez des parents, successeurs de David de Pury.
Tous ces personnages jalonnant l'itinéraire du mécène ont pour sûr contribué à son attachement viscéral à sa ville natale. Meuron se rendit au Brésil pour ouvrir, en 1816, une maison de commission, puis s associer dès 1819, à son compte, avec un Français et créer une fabrique de tabac dans l'Etat de Bahia. Sans cesser de diriger par correspondance ses affaires menées avec méthode et le sens du commerce, Auguste-Frédéric rentra en Europe en 1837, se bâtit une maison à Paris. Dès 1843, il mit en train son projet de créer un hospice, en définitive consacré au traitement des maladies mentales. Mme de Meuron-Landolt expose avec précision le développement du projet: démarches entreprises, mise au point et exécution des projets. Meuron, marié sur le tard mourut sans enfants à Neuchâtel en 1852.
Pour sa part, M. Jean-Pierre JELMINI, reprenant un article publié dans la Revue historique neuchâteloise procure à l'ouvrage un cadre élargi qui permet de voir, dans la fondation de Préfargier, "un tournant essentiel de l'histoire médicale neuchâteloise". L'auteur dénombre les patients hospitalisés dans les deux hôpitaux du chef-lieu pour constater (en particulier grâce aux remarquables registres de l'Hôpital Pourtalès de 1811 à 1850) que 1/2 % seulement auraient souffert d'une maladie mentale. Rien de surprenant, puisque le règlement prévoyait d'accueillir des malades guérissables, mais pas des aliénés, des épileptiques ou des hystériques. Suivent de pertinentes observations socio-économiques sur les affections cachées par les familles, et le souci des mécènes d'aider les pauvres gens n'ayant pas les moyens de se soigner à domicile.
Dans "le projet architectural" Mmes Nicole FROIDEVAUX et Florence HIPPENMEYER font état des visites en Angleterre et dans le Pays de Bade, et des conseils dont s'entoura Meuron auprès des médecins français, notamment pour le choix de l'architecte Pierre-François-Nicolas Philippon. La situation du "pré Fargier" répondait à tous les désirs de beauté, d'isolement, de calme, de salubrité et d'accessibilité préconisées par les aliénistes. Adduction d'eau de Saint-Blaise à Marin et système de chauffage coûteux témoignent de l'esprit novateur du mécène. Une juste place est réservée aux architectes neuchâtelois Louis et Léo Châtelain, exécuteurs des plans de Philippon, puis concepteurs des transformations et de nouveaux bâtiments jusqu'au début du XXe siècle.
Une étude détaillée et comparative met en valeur les aspects architecturaux de l'établissement. L'écrivain Hermann Hesse n'est pas oublié, car il a célébré d'une plume autorisée le parc "anglais plutôt que français" et l'étendue grandiose du panorama visible. En 150 ans d'existence concluent Mmes Froidevaux et Hippenmeyer, la dernière extension nía pas altéré la prestigieuse façade tournée vers le lac. Le bâtiment classé en 1996 n'est pas devenu musée, "il remplit ses fonctions antérieures tout en continuant d'en assumer de nouvelles". Pour sa part, Mme Myriam PERRIARD VOLORIO s'est attachée à lí"évolution des méthodes thérapeutiques". Si Préfargier s'inscrit dans le contexte des initiatives françaises, il s'en distingue par un original "style de vie familial" en raison de sa taille modeste.
On y a recouru à diverses formes d'hydrothérapies. Des remèdes "aussi nombreux que vite oubliés" furent suivis de choc, de psychothérapie, jusqu'à la découverte, en 1952, d'un premier neuroleptique. Cependant, on pratiqua aussi l'hypnotisme, la psychochirurgie, les régimes alimentaires et des moyens de coercition, tout en cherchant avec prudence à éviter la contrainte.
Mme Perriard guide avec clarté et simplicité le profane dans sa revue systématique des méthodes suivies. Les médecins-directeurs se préoccupèrent des occupations intellectuelles des pensionnaires, d'activités récréatives et de rencontres avec la population voisine puis, dès la fin du XIXe siècle, de travaux qui se diversifièrent avec les années.
Médecins et personnel soignant, au départ, níétaient pas des spécialistes; dès le second quart du XXe siècle, l'établissement forma des infirmiers et des infirmières. Les derniers paragraphes de cette contribution au 150ème anniversaire de Préfargier sont l'occasion de s'interroger sur nos rapports avec les maladies mentales.
Bibliographie et listes des principaux responsables de Préfargier rendront service. Tous les exposés sont enrichis d'illustrations souvent inédites et toujours suggestives ; elles présentent, entre autres, des vues du Brésil où úuvra Meuron, des extraits des registres des malades de líHôpital Pourtalès, de précieux plans de situation ou de construction, depuis les origines à líépoque contemporaine, enfin des moyens de coercition et des objets réalisés dans un atelier d'ergothérapie.

Jean COURVOISIER

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